Zoom sur notre patrimoine | An misouk… mé la mèm !


Le Chemin “des Anglais” est mis en service en 1732, soit 80 ans avant (…!) que les Anglais ne l’empruntent pour attaquer Saint-Denis afin de s’emparer de l’île. Pourtant, ce chemin est attribué aux « Anglais », laissant peu de doute sur l’importance symbolique que cette prise a représenté pour nos ancêtres.

Album de La Réunion. Pont du chemin de fer sur la ravine des Lataniers, quartier la Possession. Vue prise de l’extrémité du pont débarcadère, à 2 heures / A. Roussin del. et lith.. – La Réunion : A. Roussin, 1881. – 1 est. : lithogr. ; 15 x 23,4 cm (im.), 23,5 x 29,7 cm (f.). Musée Léon Dierx / www.IHOI.org

La nécessité de créer une voie de liaison rapide et sûre entre Saint-Paul et Saint-Denis remonte au premier temps de la colonisation. De 1665 à 1767, l’île Bourbon est administrée par des gouverneurs nommés par le roi de France. Ces gouverneurs sont aussi fonctionnaires de la Compagnie des Indes dont l’objectif est d’exploiter les potentialités économiques de l’île. La principale problématique de l’époque pour développer l’économie de l’île est de contourner le Cap Bernard, véritable obstacle naturel. Les liaisons se font alors par voie maritime avec tous les inconvénients et dangers que cela représente.

1732, le tout premier chemin de l’île, sous l’impulsion de Dumas

Avant le chemin que nous connaissons aujourd’hui, deux projets ont été proposés mais n’ont pas été retenus faute de main-d’œuvre suffisante disponible sur l’île. Pierre-Antoine Parat (1710-1715) préconisait l’ouverture d’un chemin de terre au-dessus du Cap Bernard. Desforges-Boucher proposait de « faire sauter à la mine les pointes situées au pied de la falaise » afin d’y faire aménager un chemin.

Finalement, le projet de « faire un chemin praticable et commode de façon qu’un homme à cheval et bêtes de charge puissent passer commodément et sans risque »* proposé par le gouverneur Pierre-Benoît Dumas (1727-1735)  obtient les moyens nécessaires à sa réalisation. Cet aménagement intervient dans un projet de développement économique plus global autour de la culture du café.

* Extrait de la convention signée le 16 juin 1730, devant le notaire François Morel, par le gouverneur Pierre Benoît Dumas et les sieurs Pierre Boisson et Abraham Muron

30 ans plus tard, le chemin est pavé

Honoré de Crémont, administrateur de Bourbon de 1767 à 1778, lance un projet de  modernisation du chemin. Les travaux de pavage en pierres de basalte démarrent en 1767. Bordée par endroits de murets de pierres sèches, c’est la première voie construite sur l’île. Les travaux prennent fin en 1775.

En 1810, les Britanniques empruntent une partie de ce chemin

Pendant les guerres napoléoniennes, les rivalités entre les Français et les Britanniques sont à leur apogée. À ce moment de notre histoire, les Britanniques ont déjà mené deux batailles pour prendre l’île : La première à Sainte-Rose en août 1809 et l’autre à Saint-Paul en septembre 1809.

Le 8 juillet 1810, 3 000 soldats britanniques débarquent à La Grande Chaloupe puis empruntent le chemin pavé jusqu’à la Redoute pour rejoindre Saint-Denis. La garnison créole s’oppose à leur avancée sur la capitale, au niveau de la plaine de la Redoute. Mais d’autres soldats britanniques débarquent à la Rivière des Pluies. Les troupes françaises, avec ses quelques 500 soldats encerclés par 4 000 soldats britanniques, ne font pas le poids. Le colonel de Sainte-Suzanne, ne voulant pas sacrifier inutilement ses troupes, décide de déposer les armes vers six heures du soir. La reddition officielle du commandant français et de ses troupes a lieu le 9 juillet 1810. L’île Bonaparte passe sous tutelle anglaise et redevient île Bourbon.

Seule voie utilisée jusqu’en 1850

Ce chemin est le seul utilisé pour le transport des diligences et des marchandises jusqu’à la construction de la route de la Montagne vers 1850, suivie du chemin de fer en 1882, puis de la route en corniche en 1963.

Ce chemin est inscrit Monument Historique depuis mars 2014.

Quelle légitimité pour ce nom de chemin ?

Il est surprenant de constater qu’un si bref épisode de notre histoire ait eu un tel impact sur les esprits au point de gommer tous les autres événements attachés à ce chemin patrimonial. Plusieurs intellectuels réunionnais, dont Eugène Rousse, ont milité pour modifier sa dénomination. Quand on sait à quel point les toponymes (noms de lieux) sont des marqueurs tangibles et symboliques des sociétés humaines, on peut aisément déduire l’importance du choc que la prise de possession de l’île par les Britanniques a eue sur nos ancêtres.

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